La vallée de l'Okanagan (1)
17/09 – 16h
Ça y est, nous
sommes en Colombie-Britannique.
Andrew nous prend
en stop. Il rentre d’un chantier sur la route où il travaille depuis quelques
semaines. Il a mon âge et est le papa d’une petite Luna. Il est de la région,
mais a déménagé une année en Alberta avec sa copine. Financièrement, ils
avaient du mal à suivre le rythme et le moral était en berne. Finalement,
ils sont rentrés à Vernon où ils ont leur famille. La discussion a mis un peu
de temps et s’enclencher, mais on finit par trouver beaucoup de sujets de
discussions : jeux-vidéos, cuisine, sport… On fait quelques remarques sur
le fait que l’on recherche un hébergement mais on sent que cela ne va pas être
possible.
On attend depuis
30 minutes en sortie de Vernon sur la 97 SUD quand Andrew m’envoie un
message : « Vous êtes toujours en ville ? J’ai quelque chose
pour vous. » On se dit que l’on va peut-être dormir dans un lit ce soir et
on part à sa rencontre. En fait, il nous donne deux joints.
« Comme ça
vous vous souviendrez de moi » dit-il en souriant.
La petite Luna
est dans la voiture et on s’assoit à ses côtés alors qu’Andrew nous avance en
sortie de Vernon.
Très vite, un
homme d’origine hongroise nous prend dans son gros 4x4. Il n’est pas étonné que
l’on ait eu du mal à traverser le Canada. Pour lui, c’est plus une pratique
européenne que nord-américaine. Ses parents étaient des moniteurs de ski et
souhaitaient quitter la Hongrie. Lorsqu’ils ont vu les Jeux Olympiques de
Calgary en 1988 – les mêmes que ceux des Rasta Rockets et de Eddie the Eagle -,
ils se sont dit : ‘il y a de la neige là-bas, pourquoi ne pas s’installer à
Calgary. Il se sont bien installés au Canada mais n’ont jamais repris leur activité.
Il nous dépose à Lake Country.
La nuit s’étend
et on n’a toujours pas d’hébergement. On se dit que l’on va tenter une dernière
voiture : pas de chance. Un jeune nous prend mais se rend à un hôtel pour
une formation d’une semaine. Il sera patrouilleur sur les pistes de ski cet
hiver. A notre demande un peu précipitée, il nous dépose sur la 97 afin que
l’on plante la tente. On traverse la quatre-voies et après une longue recherche
sur une butte, on trouve un endroit un peu plus plat. La tente est quelques centimètres
d’un lac, que les avions survolent pour atterrir à l’aéroport de Kelowna. La
route est quelques mètres derrière nous mais on est cachés car plusieurs mètres
en contrebas. On observe quelques avions puis on se couche.
L’emplacement est
vraiment horrible. On passe la nuit à glisser au fond de la tente. Au moins, on
s’est rendu compte que l’autostop a l’air de bien fonctionner dans la région.
18/09
On ne traine pas.
Le trafic est trop rapide pour faire du pouce donc on marche vers le sud. On
essaie un spot, mais on décide finalement d’avancer encore plus. On décide de
se poser dans un Tim Hortons. Elouan va faire des courses et je chille. Dans
une publicité sur la télé du Tim, un groupe de cyclistes traversent le Canada
en vélo. Elles disent finalement que sans le Tim, elles n’auraient jamais pu
réussir à traverser tout le pays. Je pense que nous aussi, on est assez dépendant
de ce toit chaud, et à son café à très
bon prix – mais pas délicieux, il faut l’avouer. On s’en moquait du Tim, mais
c’est maintenant devenu notre deuxième maison.
On repart. Une
fille s’arrête. Elle retire une robe et des accessoires de licorne de la plage
arrière et on s’assoit. On démarre sans même se demander où chacun va. C’est
une musicienne, avec un pin’s Green Party sur son chapeau. Elle aussi a fait du
stop mais elle est gênée de nous laisser dans la zone commerciale au nord de la
ville. Elle nous conseille de prendre un bus mais on la quitte en lui assurant
que l’on va se débrouiller.
A un arrêt de
bus, une femme s’arrête rapidement et nous dépose sur la plage de Kelowna. Les
paysages ont bien changé : moins d’arbres, une terre rouge, violette. Partout,
on aperçoit des vignes. Je prends une douche froide en extérieur sans savon qui
fait surement plus de bien psychologiquement qu’hygiéniquement. On fume et on
repart. C’est pas évident d’ailleurs. Le meilleur spot pour traverser le pont
et quitter la ville se trouve à une vingtaine de mètres du lieu de rendez-vous
des sans-abris de la ville, où la police est en train d’intervenir.
Détente
Kelowna derrière lui
Vers le sud
On décide
finalement de traverser le pont a pied afin de nous rendre a Kelowna West.
Arrive là-bas, on trouve une insertion avec un arrêt de bus. Pas beaucoup de
trafic mais peu d’attente également. On hallucine un peu : ce sont des
hommes qui nous ont conduits de Ottawa en Colombie-Britannique (à l’exception
d’une femme à North Bay et de Marie, Autrichienne), mais là encore pour
aujourd’hui, c’est une femme qui s’arrête. Notre conductrice va rejoindre un
ami à Penticton. Dans la voiture, on parle de l’histoire des Premières Nations,
d’écovillages, de politique… Ça tombe mal pour Elouan, qui s’était assis
devant, et qui a du mal a suivre la discussion. Il plane un peu. On est déposé
en sortie de Penticton. Cette ville est située entre deux lacs : un au
nord, un au sud : l’Okanagan.
Nous essayons de continuer vers le sud et un
couple nous le permet.
La 97
-
Vous
allez-où ?
-
Vers
le sud, on cherche un endroit où dormir.
Très
sympathiques, ils nous proposent plusieurs endroits mais on essaie de leur
faire comprendre que l’on ne veut pas payer d’hébergement. Ils sont curieux et
nous posent plusieurs questions. Finalement, arrives à la ville d’Oliver, ils
nous disent « Demandez à ces gens, ils vous diront où vous pourrez
dormir ».
On est sur le
parking d’un parc, avec deux vans gares et trois jeunes de nos âges. Ils nous
demandent, en français : « Eh, vous faites quoi ? »
-
On
cherche une place pour dormir.
-
Ne
cherchez plus, on en a une pour vous. On va faire un feu sur la montagne.
On embarque,
cherche des palettes, des bières et on grimpe la montagne. Nos conductrices
sont Ariane et Daphné ; Alex conduit un autre van. Dans la voiture, on écoute
une chanson sénégalaise et on dit, posés sur notre canape au fond de la voiture, :
« On a la belle vie ». Arrivés en haut, il fait déjà nuit. On
retrouve un van qui nous était passe devant sans s’arrêter. Son conducteur se
fait chambrer par ses potes :
-
Bah
alors, comme ça on ne prend pas les pouceux ?
-
J’avais
pas de place pour deux.
On est 10 ce soir-là,
et deux chiens. Nos hôtes sont des cueilleurs de fruits Québécois qui se font
des sous pour la saison. Ils travaillent pour des viticulteurs et d’autres
producteurs de fruits.
On a un vrai feu
ce soir, celui qui réchauffe, pas celui qui t’étouffe de fumée. Il attire même
une policière. On écoute de la musique, et tout le monde finit par sortir des
instruments. On aperçoit les lumières d’Oliver dans la vallée, la silhouette
des collines qui nous entourent, mais le panorama nous est inconnu. Nos amis
nous disent que c’est une zone assez aride, et je me retrouve avec des cactus
dans les chaussures après être allé chercher du bois. Les lumières de la vallée
se transforment, s’allongent et se répètent lorsque je rejoins ma tente, le
sourire aux lèvres. Il est tard.
Un vrai feu






Attention aux cactus! nous pensons bien à vous.Bon courage
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